Dans un pays confronté aux impacts multidimensionnels du changement climatique, de la pauvreté et de la dégradation de l’environnement, la recherche n’est pas un luxe — c’est une nécessité. Pourtant, la communauté scientifique malgache travaille souvent en silo, freinée par un soutien institutionnel limité, des collaborations fragmentées et des difficultés d’accès aux plateformes académiques mondiales. Dans ce contexte, les récentes rencontres de recherche collaboratives — portées par l’ONG ARAKE en partenariat avec le Botlab de l’ISCAM, le Mitsilo Lab, le CERCOM et des chercheurs de l’Université de Toliara — représentent un tournant stratégique vers un écosystème national de recherche plus intégré et plus impactant.

De la conversation à la collaboration : Une nouvelle dynamique de recherche
Ces rencontres n’étaient pas de simples réunions académiques — elles ont servi d’incubateurs pour la collaboration et l’innovation. L’objectif principal était clair : créer une plateforme où chercheurs, institutions et praticiens puissent identifier collectivement les défis structurels de la recherche à Madagascar et commencer à co-développer des solutions concrètes.

En réunissant des acteurs issus de diverses disciplines et institutions — y compris des représentants clés de l’Université d’Antananarivo et de l’Université de Toliara — ces événements ont permis de catalyser :
- Un dialogue approfondi entre universités ;
- Une pollinisation croisée des idées entre laboratoires techniques et facultés en sciences sociales ;
- Une conscience accrue de l’interconnexion entre recherche climatique, développement, migration et résilience.
Une approche intégrée : portée thématique et interdisciplinarité
L’un des grands atouts de ces rencontres réside dans leur large portée thématique. Les échanges ont porté sur :
- L’innovation agricole et l’utilisation durable des terres,
- La résilience environnementale et la réduction des risques de catastrophe,
- La mobilité humaine face aux pressions environnementales,
- La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) comme levier de développement durable.

Cette perspective interdisciplinaire reflète la complexité des défis réels. Les régions malgaches sujettes aux cyclones et à la sécheresse, par exemple, nécessitent bien plus que des données météorologiques : elles exigent une compréhension intégrée des systèmes de subsistance, des réponses institutionnelles, des pratiques culturelles et des outils de communication comme les systèmes d’alerte précoce (EWS).

Le rôle de la jeunesse et des chercheurs émergents
La participation de jeunes chercheurs et de doctorants, notamment ceux impliqués dans le projet REPRESA, a également été un point fort de ces rencontres. Leur présence reflète une stratégie assumée de décentralisation de la production de savoirs et de renforcement du vivier national de compétences capables de mener la recherche dans les années à venir.
Ces rencontres ont offert mentorat, visibilité et compétences pratiques — des éléments souvent absents des cursus universitaires classiques. En engageant des étudiants et des jeunes enseignants issus de différentes régions du pays, y compris d’institutions comme l’Université de Toliara, l’initiative remet aussi en question la centralisation de la recherche à Antananarivo.

Vers une plateforme nationale de recherche collaborative
L’un des résultats les plus prometteurs de ces échanges est l’élan collectif vers la création d’une plateforme scientifique nationale. Cette plateforme, pensée comme un espace de coordination, d’innovation et de production partagée de savoirs, a pour vocation de :
- Encourager des projets de recherche conjoints entre universités et ONG ;
- Faciliter l’accès libre aux données et publications ;
- Aligner les priorités de recherche sur les besoins de développement locaux et les standards académiques internationaux.

Une telle plateforme permettrait non seulement de remédier à la fragmentation actuelle, mais aussi d’amplifier la voix des chercheurs malgaches dans les débats scientifiques régionaux et mondiaux — une lacune de longue date qui freine leur visibilité et leur impact.
Les rencontres de recherche organisées par ARAKE, l’ISCAM et leurs partenaires académiques sont bien plus que des jalons institutionnels ; elles incarnent un changement stratégique dans la manière dont la recherche est pensée, conduite et diffusée à Madagascar.
En favorisant la collaboration, l’interdisciplinarité et une culture de l’enquête partagée, ces rencontres ouvrent la voie à un avenir plus résilient, inclusif et éclairé — ancré dans les preuves, porté par le leadership local, et attentif aux défis urgents de notre époque.
À mesure que cette communauté scientifique se projette vers l’avenir, la mise en place d’une plateforme nationale collaborative pourrait marquer un tournant décisif : celui du passage d’initiatives isolées à un écosystème de recherche cohérent, dynamique et impactant — véritablement au service du pays et de sa population.
Ecrit par Ny Ony Patricia ANDRIAMAHENINTSOA & Dr Velomahanina Tahinjanahary RAZAKAMAHARAVO

