Chaque année, Madagascar est confronté à la menace constante des cyclones — des catastrophes naturelles qui bouleversent profondément la vie des communautés côtières. Parmi les plus violents de ces dernières décennies, le cyclone Batsirai a frappé de plein fouet la région de Morombe, où les habitants vivent en lien étroit avec la mer et les cycles de la nature.

Face à ce danger récurrent, les communautés Vezondriaka allient savoirs ancestraux, pratiques spirituelles et mécanismes modernes pour anticiper et faire face aux catastrophes. Pourtant, malgré leur capacité de résilience, les défis restent nombreux, aggravés par le changement climatique et la fragilité des infrastructures.
Comment les Vezondriaka font face aux catastrophes

Les Vezondriaka entretiennent une relation unique avec la mer et l’eau, qui guide leur préparation face aux cyclones. Leur approche repose sur trois piliers complémentaires :
- Les savoirs traditionnels : À l’image des Ampanjaka de Mananjary, Morombe compte son propre chef spirituel — le Lonake. Il dirige un rituel sacré appelé liturgia, en l’honneur des Razana (ancêtres), au cours duquel la communauté prie pour être protégée des cyclones. En retour, des offrandes comme du miel ou de l’alcool sont faites.
- L’observation des signes naturels : Les membres de la communauté interprètent les changements dans le ciel — étoiles, phases de la lune, mouvements du vent — comme autant d’indicateurs météorologiques. Cette lecture vient compléter les alertes officielles.
- Les outils modernes : Des drapeaux de couleur sont utilisés pour signaler les niveaux de danger aux pêcheurs, constituant un système d’alerte précoce accessible à tous.

En cas d’urgence, plusieurs équipes locales sont mobilisées :
- Coordination des refuges : Des équipes organisent l’installation de sites d’accueil, notamment les ELS (Équipes Locales de Secours).
- Gestion des ressources : D’autres s’occupent de la coordination et de la distribution de la nourriture.
Cependant, comme l’a exprimé un descendant du Lonake, les croyances et pratiques ancestrales tendent à se perdre chez les jeunes générations, menaçant la transmission de ce précieux héritage.
Les impacts du cyclone Batsirai à Morombe

- Agriculture : Les terres cultivées ont été ravagées, les rizières inondées, causant de lourdes pertes pour les agriculteurs.
- Économie : L’économie locale, largement dépendante de la pêche et de l’agriculture, a été durement frappée, entraînant une crise économique à l’échelle communautaire.
- Culture : La répétition des cyclones, malgré les rituels menés par le Lonake, a ébranlé la foi de certains dans ces pratiques spirituelles, affaiblissant le tissu social et culturel de la communauté.

Obstacles à la résilience
Les habitants et les autorités locales, notamment le maire (Ben’ny Tanana) de Morombe, M. Adolphe, ont identifié plusieurs freins majeurs à une résilience durable :
- Une reconstruction lente: La remise en état des infrastructures reste lente et insuffisante, malgré les efforts conjoints des paysans et de l’État.
- Manque de drainage efficace : L’absence de systèmes pour évacuer correctement les eaux de pluie accentue les inondations.
- Refuges d’urgence insuffisants : Le nombre limité de sites d’hébergement augmente les pertes humaines et matérielles.
- Accessibilité limitée pour les personnes handicapées : L’accès aux refuges reste un défi important pour les personnes en situation de handicap, limitant leur sécurité et leur inclusion.

Allier tradition et modernité pour une résilience renforcée
L’expérience de Morombe face au cyclone Batsirai montre que la résilience communautaire repose sur un équilibre délicat entre traditions ancestrales et systèmes modernes de réponse aux crises. Préserver et valoriser les savoirs locaux — tels que les rituels du Lonake et l’observation des signes naturels — est essentiel pour améliorer la préparation aux catastrophes.
Mais ces forces culturelles doivent s’accompagner d’investissements concrets : infrastructures adaptées, services d’urgence renforcés et planification inclusive, en particulier pour les personnes les plus vulnérables.
Face à l’augmentation des risques climatiques, protéger le patrimoine culturel et renforcer la solidarité locale sont deux leviers indispensables pour construire un avenir plus sûr et durable.

« À Morombe, tradition et résilience vont de pair. Mais pour que les communautés puissent faire face et se relever, elles doivent être soutenues, protégées et incluses — avant, pendant et après les catastrophes. »
Par Salohiarisoa Rebeckah & Dr Velomahanina Tahinjanahary RAZAKAMAHARAVO

