Utilisation de chansons dans les système d’alerte précoce à Morombe, Madagascar

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Quand les mots échouent, la musique parle

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Chanson de sensiblisation sur les cyclones Morombe

À mesure que le changement climatique intensifie la fréquence et la gravité des catastrophes, les stratégies traditionnelles de communication du risque sont mises à rude épreuve. Dans des communautés isolées comme Morombe, dans le sud-ouest de Madagascar, transmettre des informations critiques d’alerte précoce ne relève pas seulement d’un défi technique — c’est aussi un défi culturel et cognitif.

Face à cette réalité, l’ONG ARAKE, à travers son initiative REPRESA, a choisi un outil à la fois original et profondément ancré dans la culture locale : la musique.

La musique comme outil stratégique de communication

La décision de produire une chanson sur le système d’alerte précoce (SAP) n’était pas qu’un choix créatif : c’était une stratégie réfléchie. Dans les cultures orales, la musique agit à la fois comme support de mémoire et comme vecteur de savoir collectif. En intégrant des gestes concrets de préparation aux catastrophes dans des mélodies et des rythmes, la chanson active trois leviers essentiels :

  • Mémorisation élevée : des airs entraînants permettent de retenir plus facilement des consignes complexes.
  • Résonance émotionnelle : la musique capte l’attention, suscite l’empathie et renforce l’engagement.
  • Ancrage culturel : l’usage de dialectes locaux et d’instruments traditionnels renforce la confiance et le sentiment de proximité.

Cette démarche reflète une vérité fondamentale de la communication du risque : la crédibilité du messager et l’accessibilité du message sont aussi importantes que son contenu.

Une création ancrée dans la culture locale

La chanson, produite par l’équipe d’ARAKE, utilise des dialectes régionaux et des instruments traditionnels tels que l’anjomara et le kabôsy. Les paroles s’inspirent de la devise utilisée par le BNGRC :

« Izay tsara fiomanana tsy ho tampohin’ny loza »
(“Celui qui se prépare bien ne sera pas surpris par le danger”)

En enracinant le message dans les proverbes et les représentations spirituelles locales, la chanson va bien au-delà de l’information : elle légitime l’acte de se préparer dans la logique culturelle de la communauté.

Transformer l’information en action

La chanson traduit des contenus techniques en gestes concrets, en expliquant notamment :

  • Ce que signifient les niveaux d’alerte SAP (Vert, Jaune, Rouge, Bleu)
  • Les actions à entreprendre à chaque étape, individuellement et en famille
  • L’importance de la solidarité communautaire avant, pendant et après une catastrophe

En transformant des risques abstraits en situations compréhensibles et en les intégrant dans la musique, l’initiative améliore la réception du message et la préparation de la population, notamment chez celles et ceux qui n’ont pas accès aux canaux officiels.

Des leçons pour la réduction des risques de catastrophe (RRC)

Cette expérience menée à Morombe ne relève pas d’une simple anecdote culturelle. Elle offre des enseignements concrets et transférables pour la RRC à l’échelle mondiale :

  • La communication du risque doit être adaptée aux réalités locales : technologiques, linguistiques et culturelles.
  • Les méthodes artistiques ne sont pas accessoires, mais stratégiques, surtout dans les zones à haut risque et à faible accès.
  • La préparation est autant un processus social qu’un défi technique : la musique renforce l’identité collective, la solidarité et la transmission intergénérationnelle des savoirs.

Aujourd’hui diffusée à la radio locale, intégrée aux kits SAP et enseignée dans les écoles, cette chanson agit à plusieurs niveaux : éducatif, émotionnel et opérationnel.


Vers une résilience plus humaine

La préparation aux catastrophes ne peut se limiter aux données et aux alertes. Elle doit aussi parler le langage de l’expérience vécue. À Morombe, ce langage s’exprime à travers les battements de tambour, les harmonies et les refrains.

En adoptant la musique, la communauté a redéfini la résilience : non pas comme un message imposé d’en haut, mais comme un chant qui s’élève de l’intérieur. Alors que les risques climatiques augmentent, la plus puissante des alertes est peut-être celle que l’on retient… par cœur.

En résumé, cette mélodie devient bien plus qu’un refrain : c’est une graine plantée dans la conscience collective, dont la récolte est une société mieux préparée.
« Prévenir en chantant, c’est semer des gestes qui sauvent » — DAHAD Gabin

Cliquez ici pour écouter la musique

Par DAHAD Gabin & Dr Velomahanina Tahinjanahary RAZAKAMAHARAVO